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Tamariki Poerani – le thème de « Te ora » présenté au Heiva i Tahiti 2012

Au temps des mémoires secrètes, avant l’aube du monde tel que nous le connaissons, vivaient les êtres de lumières. Remplis de l’énergie primordiale, ils se mouvaient dans des univers et des rêves qu’ils créaient. Cependant, du fait même de leur nature immuable, ils n’évoluaient plus et tendaient à disparaître. C’est ainsi que Kio, être universel, commença à observer de manière plus consciente leurs créations. Les soleils le surprirent par leur puissance, les étoiles par leur éclat, les nébuleuses par leurs couleurs froides ou chaudes et surtout les planètes par leur diversité. Kio redécouvrait la majesté de l’univers. Touché par ce sentiment inconnu, il voulut le partager mais ne trouva pas d’écho autour de lui. Devenu différent de ses frères et sœurs universels, il se trouvait seul pour la première fois. Il les chercha longtemps et plus loin que les mondes qu’ils connaissaient. Parfois une vibration lui indiquait qu’ils étaient près de lui, mais le voile du silence les séparait. Il continua son périple jusqu’au jour où il sentit plus rien. Il était arrivé dans l’univers du vide, une légende pour lui et ses semblables. Il ouvrit son cœur et regarda, la planète qui était là. « Bleue » fût sa première pensée et les couleurs devinrent plus intenses. Aussitôt, il arrêta le flux de ses pensées, saisit par la réaction de l’énergie autour de lui. Prudent, il prit forme et descendit vers la planète. Il la survola et l’explora à la recherche de la source du vide. Il comprit que tout était vivant mais sans harmonie, sans musique, d’où le silence, le vide.
Pensif, il regarda le sol et toucha la poussière. « Terre ! Chante pour moi ! Dis moi qui tu es ! » D’un rythme profond et saccadé, la terre s’avança devant Kio et, fière d’avoir été la première nommée, lui raconta ses montagnes, ses vallées et ses arbres. La force était sa musique. A la fin de la danse de la terre, Kio commençait à entendre une note sortir de son être, de son « tahata ». Note silencieuse mais déjà intense.
Emerveillé, il tourna vers le ciel liquide et le pria de lui faire découvrir ses mélodies. « Viens, danse, remplis mes silences ! » Une pluie fine mouilla le visage de Kio, les eaux des rivières devinrent tumultueuses, les vagues de l’océan vinrent se jeter sur les rivages de la terre. « Kio, murmura-t-elle, écoute mes voix. Je suis source d’abondance pour ces terres. Je lave, je nourris les arbres. Donne moi le pouvoir de la vie. » Emu, il se laissa porter par la musique profonde et nostalgique de l’eau. Assez surpris, il réalisa que les notes combinées des chants de la terre et de l’eau lui rappelaient les vibrations de ses frères et sœurs perdus.
Levant la tête il regarda le ciel et murmura : « léger et joyeux, visible et invisible, Mata’i est ton nom ! Danse et ris pour nous ! » Des senteurs nouvelles lui chatouillèrent les sens, il ferma les yeux et écouta : « Je ris et je chante. Je me glisse dans les vallées, j’effleure les vagues, je danse avec la pluie et je transporte les graines sur la terre. Joie est ma mélodie. » Souriant, il se sentait vibrer en même temps que ces hymnes à la vie. Le souvenir l’inspira. Il devait trouver le dernier élément.
Il poussa les nuages les uns contre les autres, fouilla dans les entrailles de la terre. Le « hara » vint de l’orage, frappa les arbres et pris forme.
« Feu est mon nom, je suis puissance et vitalité. Je détruis et je transforme ce qui doit mourir. Je permets la renaissance. Ecoute mon âme. »
Kio riait, et chantait, il sentait le fluide divin vibrer en lui.
Il joua avec les éléments pour trouver la note ultime mais elle lui échappait. Vint un moment où il réalisa que son chant devenait plus riche, plus intense. « Nous avons entendu ton appel. Depuis des millénaires nous cherchions cette vibration. »Son frère Râ et sa sœur Hina l’avaient rejoint. Permets nous de fusionner avec toi et laissons la magie de la vie agir. Réunis en une étincelle, Kio (souffle créateur), Hina ( la lune ) et Ra ( le soleil ) dansèrent et chantèrent. Bientôt leur voix mêlées entonnèrent un chant intense et poignant. Transportés, les éléments accompagnèrent la mélodie. A la fin du chant, tous étaient silencieux ? Leurs « Mana » avaient créé un être de chair, un être manifesté. Ils reculèrent pour observer cette magnifique créature. Elle ouvrait les yeux et bougeait les membres. Souple et harmonieuse elle se leva et marcha. Elle respira et parla : « Je suis Rua, le souffle divin. Je possède la force de la terre, l’émotion de l’eau, la joie de l’air, la vitalité du feu, le principe féminin, le principe masculin et le principe divin. Je suis le tout et le vide, je possède la souffle de vie.

Chef de groupe : Makau Foster Delcuvellerie
Thème : La vie (et les quatre éléments) – Te ora
Auteur du thème : Makau Foster Delcuvellerie
Photo : Asia

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