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Rencontre avec Martin Coeroli coordinateur du « Songe de Taupapa »

Tamariki Poerani prépare le nouveau spectacle sur le marae Arahurahu – Pour la troisième année consécutive, le marae Arahurahu se transforme en scène de plein air pour un spectacle inédit : Tamariki Poerani y présente « Te Moe a Taupapa » ou « Le songe de Taupapa ».

Des sternes blanches forment un dernier éclat de lumière dans le ciel devenu pâle. Le soir commence à tomber. La fraicheur monte et les ombres des arbres se font plus grandes. Le marae Arahurahu à Paea est un lieu de recueillement, de témoignage, d’histoire mais aussi une scène. Depuis trois ans, le Conservatoire Artistique produit un spectacle sur ce lieu mystique, en pleine nature. Après O Tahiti E et Toakura, c’est Tamariki Poerani qui a été choisi pour l’édition 2016. Alors que le Heiva i Tahiti bat son plein en ville, dans l’arène de To’ata, le marae de Paea accueille lui aussi des danseuses, des danseurs, des musiciens et des chanteurs. Un spectacle privilégié, loin de la fureur du concours, qui est aussi une fête de la culture polynésienne.

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Le code Pomare en question

« Te Moe a Taupapa » ou « Le songe de Taupapa » est une création écrite, composée et chorégraphiée exclusivement pour cette scène si particulière. C’est l’histoire d’un songe. Le songe d’un vieil homme qui va bientôt mourir. Il est fatigué, Tahiti a beaucoup changé. Pomare II vient de se convertir et de promulguer des lois : le fameux code Pomare. Taupapa Metua vit mal l’abandon des anciennes divinités au profit de ce Dieu unique. Et au soir de sa vie C’est sur le marae qu’il a choisi de mourir loin du chaos. Il se revoit à son mariage, retrouve sa famille, son épouse. Il se souvient. Mais si sa famille est présente ici c’est pour l’accompagner et l’emmener vers le paradis de Rohotu noanoa. C’est donc l’histoire d’une mort mais aussi celle du choix d’un individu et de la vie. « La scène se situe au moment de l’adoption du code Pomare. La mort de ce vieil homme est une métaphore pour représenter la mort d’une époque, explique Martin Coeroli, qui a coordonné l’équipe de Tamariki Poerani pour la réalisation du spectacle. Mais cela fini bien car malgré ces changements d’époque et de croyances, les traditions existent toujours porté par des figures individuelles. Les générations suivantes ont maintenu le cap. » Un thème très actuel pour Martin Coeroli qui rappelle que deux ouvrages sont sortis il y a quelques mois sur cette époque : « Histoire et mémoire des temps coloniaux en Polynésie française » de Bruno Saura (Ed. Au vent des îles) et le deuxième volume de « Ua mana te ture, rupture ou mutation » (Ed. Parau) sur les premières lois. « Il y a un vrai questionnement sur le code Pomare. C’est le point de départ de tous les interdits mais, à l’époque, il n’a pas été beaucoup contesté, la majorité des Polynésiens étaient d’accord. Il n’a pas été considéré comme un code colonialiste ».

« La culture polynésienne est immortelle »

L’adoption du code Pomare est le point de départ du spectacle de Tamariki Poerani. Le marae Arahurahu a aussi une place à part dans la création. Il va devenir vivant. Désolé et détruit au début des scènes, il va se relever à travers le songe de Taupapa Metua. Le spectacle est une réflexion sur ces interdits et la culture qui a survécu à ces lois.
« Malgré tout ça, la culture est toujours là. Elle a été plus forte que tous ces bouleversements. » Pour Martin Coeroli, ce n’est pas exact de parler de « mort culturelle ». Si des choses ont été perdues, elles l’ont été aussi dans d’autres pays, par la force du progrès et de la mondialisation. La mort du vieil homme dans le spectacle symbolise aussi cette force culturelle qui perdure : « On peut tout prendre, tout ce qui est extérieur à l’homme, mais on ne peut pas prendre son essence de Polynésien. La culture polynésienne est immortelle, elle transcende la mort. » Si l’histoire se termine sur une mort, ce n’est pas pour autant une fin.

La vie est également fêtée lors de ce spectacle avec notamment cette danse symbolique de la consommation du mariage et de la fécondation : le pa’o’a et le hivinau. Le passé et le présent, l’ancien et le moderne, la vie et la mort, tout ça se mêlent dans le spectacle comme dans une parabole transcendant le temps et l’espace. « Nous ne voulons pas dire à qui incombe la faute mais plutôt raconter comment les Polynésiens ont survécu à tous ces changements. Comment traverse-t-on tout cela ? »

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Et finalement, ce spectacle sur le marae est la meilleure preuve de la vitalité de la culture polynésienne. Sur cette création, rien n’est laissé au hasard. Les costumes sont également porteurs de sens et remplis de symboles. « On est dans un songe, alors tout est sublimé ». Et la troupe de Makau Foster, comme porteuse d’un message, est enthousiaste à l’idée de se retrouver sur cette scène spectaculaire. « Pour eux, ces représentations ont une signification profonde. C’est une forme de consécration et ils viennent y chercher le mana. » Cette histoire est une création à part entière, sans appui sur des légendes ou des récits anciens. Il n’est pas question d’une reconstitution historique mais plutôt d’une recherche de sens sur un bouleversement complet d’une civilisation.

EXTRAIT DU MAGAZINE CULTUREL HIROA – TRESOR DE POLYNESIE
Texte : LR.

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