Menu

Interviews

makau_200Interview de Manon HERICHER.

De Las Vegas à Pékin pour les derniers JO, leurs dates se suivent et ne se ressemblent pas. Chine, États-Unis, Mexique… le groupe est sollicité de toute part en même temps que les hôtels de l’île le réclament depuis sept ans pour animer les soirées de Noël et du Nouvel an. Makau Foster danse depuis plus de 40 ans et dirige avec amour la troupe Tamariki Poerani qu’elle a créée en 1978.

Qu’est-ce qui t’a poussé à danser ?

“Je n’arrive toujours pas à comprendre en réalité, car à l’époque, c’était très vulgaire de danser, c’était indécent. C’était sensuel, sexuel. Enfin, pour les Tahitiens. Nous, Pa’umotu, c’était mal vu mais on avait le droit donc je ne manquais pas une occasion. J’en ai profité sur les rythmes des premières musiques à la radio que j’écoutais avec ma grand-mère.”

Maintenant c’est l’inverse, on rend grâce à la femme…

“Oui, ce n’est plus tabu. C’est parce que les gens perdent peu à peu leur identité à mesure que les langues polynésiennes se perdent. Donc ils se raccrochent à quelque chose. Aller vers la danse, c’est un peu contrebalancer tout ça. C’est une manière de pouvoir sauvegarder un minimum d’héritage. L’ondulation du corps représente la mer, la souplesse des pieds le pas des oiseaux. Il y a un attachement car la danse est un mime de la vie. On l’imite, on lui rend grâce.”

Dans quel esprit enseignes-tu la danse ?

“La danse est une passion. C’est quelque chose que je ressens, que je ne peux pas expliquer, qui est très profond, intime. Je rentre en transe avec ma personne. C’est presque comme une jouissance : tu sens la souplesse du corps, la légèreté, la force… Enseigner la danse aux autres, c’est rentrer en transe dans une personnalité qui n’est pas la mienne. C’est rentrer dans la peau de la danse. Quand je me mets à danser, je suis tellement concentrée que je ne vois plus personne et j’ai l‘impression que je suis toute seule, je n’entends que la musique qui berce. Pour moi, la danse c’est vital.”

Tu essaies d’insuffler ce souffle de vie à tes danseuses ?

“Oui, le souffle d’un bien-être, pour qu’elles puissent être bien dans leurs corps. Il y a beaucoup de femmes et même des jeunes filles qui sont mal dans leur peau. Surtout et avant tout car elles ne savent pas parler leur langue comme il faut et qu’elles ne peuvent pas comprendre ce qu’est exactement la danse tahitienne. À partir du moment où elles comprennent les mots, les sensations, le mana est beaucoup plus fort et peut être transmis aux gens qui regardent. Si tu ne parles pas la langue, tu ne peux pas te donner entièrement. C’est pour ça que je traduis les paroles du tahitien en français afin que toutes les filles puissent comprendre le sens de ce qu’elles dansent. Ainsi, elles s’impliquent davantage, s’appliquent plus aussi et laissent les émotions se dégager.”

Il faut aller chercher au fond de soi, avec ses tripes ?

“Oui c’est de là que ça vient. Le visage le décrit d’ailleurs. Ça ne veut pas dire que la personne qui ne sait pas parler le tahitien ne peut pas réussir à danser, mais quand tu ne comprends pas ce que tu fais, il n’y a pas de battement de coeur. Les paroles servent à comprendre. Et je m’attarde beaucoup sur la signification des gestes aussi. Je leur dis ‘faites attention, là, c’est la fleur. Donc il faut à tout prix imaginer dans votre esprit que vous sentez le parfum de la fleur, la personne en face doit presque le sentir aussi’. Il faut ressentir ces émotions. Les mains racontent l’histoire, les yeux définissent le reste.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *